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قصائد للمرحوم نزار قباني مترجمة إلى اللغة الفرنسية

الموضوع في 'منتدى الشعر والأدب' بواسطة lladmin, بتاريخ ‏3 جانفي 2009.

  1. lladmin

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      03-01-2009 19:55
    JE SUIS POUR LE TERRORISME - NIZAR KABBANI Traduits par Mustapha EL KASRI



    [​IMG]
    [​IMG]



    De terrorisme on nous accuse
    Si nous osons prendre défense
    De notre femme et de la rose
    Et de l'azur et du poème
    Si nous osons prendre défense
    D'une patrie sans eau sans air
    D'une patrie qui a perdu
    Sa tente et sa chamelle
    Et même son café noir.
    De terrorisme on nous accuse
    Si nous osons prendre défense
    De la crinière
    De la reine de Saba
    Des lèvres de Maysoun
    Des noms de nos plus belles filles,
    Du khol qui de leurs cils
    En pluie retombe
    Comme une chose révélée.
    Certes vous ne trouverez pas
    En ma possession
    De poésie secrète
    Ni de parler énigmatique
    Ou des ouvrages clandestins,
    Et par devers moi je ne garde
    Aucun poème traversant
    La rue, caché derrière son voile.
    De terrorisme on nous accuse
    Quand nous décrivons les dépouilles
    D'une patrie
    Décomposée et dénudée
    Et dont les restes en lambeaux
    Sont dispersés aux quatre vents…,
    D'une patrie
    Cherchant son adresse et son nom…
    D'une patrie ne conservant
    De ses antiques épopées
    Que les élégies de Khansa…,
    D'une patrie
    Où ni le rouge, ni le jaune, ni le vert
    Ne teignent plus les horizons…,
    D'une patrie qui nous défend
    D'écouter les informations
    Ou d'acheter quelque journal…,
    D'une patrie où les oiseaux
    Sont censurés dans leurs chansons,
    D'une patrie où, terrifiés,
    Les écrivains ont pris le pli
    D'écrire la page du néant…,
    D'une patrie
    Qui ressemblerait dans sa forme
    A la poésie
    Dans notre pays
    Sorte de langage égaré
    Improvisé
    Sans aucun lien avec les êtres
    Sans aucun lien avec leur terre
    Ni avec les problèmes
    Dans lesquels ils se débattent vainement,
    D'une patrie allant pieds nus
    Et sans aucune dignité
    Vers la paix négociée…
    D'une patrie
    Où les hommes pris de panique
    Ont fait pipi dans leurs culottes
    Et où ne restent que les femmes.
    Le sel amer est dans nos yeux
    Et sur nos lèvres,
    Il est dans nos propres propos.
    Notre âme a-t-elle été touchée
    De stérilité héritée
    Léguée par la tribu Kahtane.
    Dans notre nation,
    Il n'y a plus de Mu'awya
    Plus de Abu Sufiane
    Plus personne pour crier "Gare" !
    A la face de ceux qui ont abandonné
    A autrui notre foyer
    Et notre huile et notre pain
    Transformant notre maison
    Si heureuse en capharnaum.
    Il ne reste plus rien de notre poésie
    Qui n'ait sur le lit sur tyran
    Perdu sa virginité.
    Du mépris nous avons pris
    Le pli de l'habitude.
    Que reste-t-il donc de l'homme
    Lorsqu'il s'habitue au mépris ?
    Je recherche dans les feuilles de l'Histoire
    Usaman Ibn Munkid
    Okba Ibn Nafi',
    Je recherche Omar,
    Je recherche Hamza,
    Et Khalid chevauchant
    Vers la Grande Syrie,
    Je recherche al Mu'tacim
    Sauvant les femmes
    De la barbarie des envahisseurs
    Et des furies des flammes,
    Je recherche dans ce siècle attardé
    Et ne trouve dans la nuit
    Que des chats apeurés
    Craignant pour leur personne
    Le pouvoir des souris.
    Avons-nous été atteints
    De nationale cécité ?
    Ou bien tout simplement
    Souffrons-nous de daltonisme ?
    De terrorisme on nous accuse
    Quand nous refusons notre mort
    Sous les râteaux israéliens
    Qui ratissent notre terre
    Qui ratissent notre Histoire
    Qui ratissent notre Evangile
    Qui ratissent notre Coran
    Et le sol de nos prophètes.
    Si c'est là notre crime
    Que vive le terrorisme !
    De terrorisme on nous accuse
    Si nous refusons que les Juifs
    Que les Mongols et les Barbares
    Nous effacent de leur main.
    Oui, nous lançons des pierres
    Sur la maison de verre
    Du Conseil de Sécurité
    Soumis à l'empereur suprême.
    De terrorisme on nous accuse
    Lorsque nous refusons
    De négocier avec les loups
    Et de tendre nos deux bras
    A la prostitution.
    L'Amérique
    Ennemie de la culture humaine
    Elle-même sans culture,
    Ennemie de l'urbaine civilisation
    Dont elle-même est dépourvue,
    L'Amérique
    Bâtisse géante
    Mais sans murs.
    De terrorisme on nous accuse
    Si nous refusons un siècle
    Où ce pays de lui-même satisfait
    S'est érigé
    En traducteur assermenté
    De la langue des Hébreux.​
     
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  2. lladmin

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      03-01-2009 19:58
    1-LETTRE D'AMOUR

    Respectes mon silence, je t'en prie

    Le silence est mon arme la plus puissante

    n'as-tu pas senti mon éloquence quand je me tais

    La beauté de ce que je dis quand je ne dis rien.




    2-Je te dirais je t'aime

    Je te dirais je t'aime

    Quand je serai guérie de ma névrose

    Quand je deviendrai une seule personne

    Je le dirai quand seront réconcilies en moi la ville et le désert

    Quand toutes les tribus quitteront les plages de mon sang

    Quand je me libérerai du tatouage bleu que les sages du tiers-monde ont grave sur mon corps

    et de toute les ordonnances de la médecine arabe que durant trente années j'ai subies.





    3-Poème inachevé pour décrire l'amour

    Quand j'ai fait route sur tes mers, ma reine

    je ne regardais pas les cartes

    je ne portais de canot ni de bouée

    mais j'ai vogué vers ton feu comme un bouddha

    et j'ai choisi mon destin

    Mon bonheur était d'écrire à la craie mon adresse sur le soleil

    et sur tes seins de construire les ponts




    4-Griffonnages d'enfant

    Mon pêché

    -et qui de nous fut sans pêché-

    j'ai continué de croire au bleu du ciel

    de voir les arbres, les étoiles, les nuages comme des amis

    J'ai fais de mes poèmes une ville ou gouvernent les femmes

    chaque bouche close dans mon royaume dit ce qu'elle veut

    chaque sein effarouche peut comme il lui plait s'envoler ou se poser
     
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  3. lladmin

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      03-01-2009 20:01
    Très belle chanson de Majda al Roumi, parole du poete Nizar Qabbani



    Des mots




    Il me fait écouter, quand il me déplace
    Des mots ne sont pas comme d'autres mots
    Il me prend, des dessous mes bras
    Et il me seme, dans un nuage éloigné
    Et la pluie noire tombent de mes yeux
    C'est des torrents, torrents
    Il me porte avec lui, il me porte
    A une soirée des balcons parfumés
    Et je suis comme un enfant dans des ses mains
    Comme une plume portée par le vent
    Il porte pour moi sept lunes dans ses mains
    Et un paquet de chansons
    Il me donne le soleil, il me donne l'été
    Et les bandes d'hirondelles
    Il me dit que je suis son trésor
    Et que je suis égal aux milliers d'étoiles
    Et que je suis la plus belle qu'il a vu des peintures
    Il me dit des choses qui me rendent étourdi
    Qui m'incitent à oublier la danse et les étapes
    Il me dit des mots qui retournent mon histoire
    qui font de moi une femme en quelques secondes
    Il construit des châteaux des imaginations
    Dans lesquelles je vis... pendant des secondes...
    Et il me racompagne à ma table
    Il me laisse seule avec rien
    Rien excepté des mots
     
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  4. lladmin

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      03-01-2009 20:06
    Balkis


    ...


    Merci à vous,
    Merci à vous,
    Assassinée, ma bien aimée !
    Vous pourrez dès lors
    Sur la tombe de la martyre
    Porter votre funèbre toast.
    Assassinée ma poésie !
    Est-il un peuple au monde,
    -Excepté nous-
    Qui assassine le poème ?

    O ma verdoyante Ninive !
    O ma blonde bohémienne !
    O vagues du Tigre printanier !
    O toi qui portes aux chevilles
    Les plus beaux des anneaux !

    Ils t'ont tuée, Balkis !
    Quel peuple arabe
    Celui-là qui assassine
    Le chant des rossignols !

    Balkis, la plus belle des reines
    Dans l'histoire de Babel !
    Balkis, le plus haut des palmiers
    Sur le sol d'Irak !

    Quand elle marchait
    Elle était entourée de paons,
    Suivie de faons.

    Balkis, ô ma douleur !
    O douleur du poème à peine frôlé du doigt !
    Est-il possible qu'après ta chevelure
    Les épis s'élèveront encore vers le ciel ?

    Où est donc passé Al Samaw'al ?
    Où est donc parti Al Muhalhil ?
    Les anciens preux, où sont-ils ?

    Il n'y a plus que des tribus tuant des tribus,
    Des renards tuant des renards,
    Et des araignées tuant d'autres araignées.
    Je te jure par tes yeux
    Où viennent se réfugier des millions d'étoiles
    Que, sur les Arabes, ma lune,
    Je raconterai d'incroyables choses
    L'héroïsme n'est-il qu'un leurre arabe ?
    Ou bien, comme nous, l'Histoire est-elle mensongère ?
    Balkis, ne t'éloigne pas de moi
    Car, après toi, le soleil
    Ne brille plus sur les rivages.

    Au cours de l'instruction je dirai :
    Le voleur s'est déguisé en combattant,
    Au cours de l'instruction je dirai :
    Le guide bien doué n'est qu'un vilain courtier.

    Je dirai que cette histoire de rayonnement (arabe)
    N'est une plaisanterie, la plus mesquine,
    Voilà donc toute l'Histoire, ô Balkis !

    Comment saura-t-on distinguer
    Entre les parterres fleuris
    Et les monceaux d'immondices ?

    Blakis, toi la martyre, toi le poème,
    Toi la toute-pure, toit la toute-sainte.
    Le peuple de Saba, Balkis, cherche sa reine des yeux,
    Rends donc au peuple son salut !

    Toi la plus noble des reines,
    Femme qui symbolise toutes les gloires des époques sumériennes !
    Balkis, toi mon oiseau le plus doux,
    Toi mon icône la plus précieuse,
    Toi larme répandue sur la joue de la Madeleine !

    Ai-je été injuste à ton égard
    En t'éloignant des rives d'Al A'damya ?
    Beyrouth tue chaque jour l'un de nous,
    Beyrouth chaque jour court après sa victime.

    La mort rôde autour de la tasse de notre café,
    La mort rôde dans la clé de notre appartement,
    Elle rôde autour des fleurs de notre balcon,
    Sur le papier de notre journal,
    Et sur les lettres de l'alphabet.

    Balkis ! sommes-nous une fois encore
    Retournés à l'époque de la jahilia ?
    Voilà que nous entrons dans l'ère de la sauvagerie,
    De la décadence, de la laideur,
    Voilà que nous entrons une nouvelle fois
    Dans l'ère de la barbarie,
    Ere où l'écriture est un passage
    Entre deux éclats d'obus,
    Ere où l'assassinat d'un frelon dans un champ
    Est devenu la grande affaire.

    Connaissez-vous ma bien aimée Balkis ?
    Elle est le plus beau texte des œuvres de l'Amour,
    Elle fut un doux mélange
    De velours et de beau marbre.

    Dans ses yeux on voyait la violette
    S'assoupir sans dormir.
    Balkis, parfum dans mon souvenir !
    O tombe voyageant dans les nues !

    Ils t'ont tuée à Beyrouth
    Comme n'importe quelle autre biche,
    Après avoir tué le verbe.

    Balkis, ce n'est pas une élégie que je compose,
    Mais je fais mes adieux aux Arabes,

    Balkis, tu nous manques… tu nous manques…
    Tu nous manques…

    La maisonnée recherche sa princesse
    Au doux parfum qu'elle traîne derrière elle.
    Nous écoutons les nouvelles,
    Nouvelles vagues, sans commentaires.

    Balkis, nous sommes écorchés jusqu'à l'os.
    Les enfants ne savent pas ce qui se passe,
    Et moi, je ne sais pas quoi dire…

    Frapperas-tu à la porte dans un instant ?
    Te libéreras-tu de ton manteau d'hiver ?
    Viendras-tu si souriante et si fraîche
    Et aussi étincelante
    Que les fleurs des champs ?

    Balkis, tes épis verts
    Continuent à pleurer sur les murs,
    Et ton visage continue à se promener
    Entre les miroirs et les tentures.

    Même la cigarette que tu viens d'allumer
    Ne fut pas éteinte,
    Et sa fumée persistante continue à refuser
    De s'en aller.
    Balkis, nous sommes poignardés
    Poignardés jusqu'à los
    Et nos yeux sont hantés par l'épouvante.

    Balkis, comment vas-tu pu prendre mes jours et mes rêves ?
    Et as-tu supprimé les saisons et les jardins ?

    Mon épouse, ma bien aimée,
    Mon poème et la lumière de mes yeux,
    Tu étais mon bel oiseau,
    Comment donc as-tu pu t'enfuir ?
    Balkis, c'est l'heure du thé irakien parfumé
    Comme un bon vieux vin,
    Qui donc distribuera les tasses, ô girafe ?
    Qui a transporté à notre maison
    L'Euphrate, les roses du Tigre et de ruçafa?

    Balkis, la tristesse me transperce.
    Beyrouth qui t'a tuée ignore son forfait,
    Beyrouth qui t'a aimée
    Ignore qu'elle a tué sa bien aimée
    Et qu'elle a éteint la lune.
    Balkis ! Balkis ! Balkis !
    Tous les nuages te pleurent,
    Quidonc pleurera sur moi ?

    Balkis, comment vas-tu pu disparaître en silence
    Sans avoir posé tes mains sur mes mains ?

    Balkis, comment as-tu pu nous abandonner
    Ballottés comme feuilles mortes par le vent ballottées,
    Comment nous as-tu abandonnés nous trois
    Perdus comme une plume dans la pluie ?

    As-tu pensé à moi
    Moi qui ai tant besoin de ton amour,
    Comme Zeinab, comme Omar ?
    Balkis, ô trésor de légende !
    O lance irakienne !
    O forêt de bambous !
    Toi dont la taille a défié les étoiles,
    D'où as-tu apporté toute cette fraîcheur juvénile ?

    Balkis, toi l'amie, toi la compagne,
    Toi la délicate comme une fleur de camomille.

    Beyrouth nous étouffe, la mer nous étouffe,
    Le lieu nous étouffe.
    Balkis, ce n'est pas toi qu'on fait deux fois,
    Il n'y aura pas de deuxième Balkis.
    Balkis ! les détails de nos liens m'écorchent vif,
    Les minutes et les secondes me flagellent de leurs coups,
    Chaque petite épingle a son histoire,
    Chacun de tes colliers en a plus d'une,
    Même tes accroche-cœur d'or
    Comme à l'accoutumée m'envahissent de tendresse.

    La belle voix irakienne s'installe sur les tentures,
    Sur les fauteuils et les riches vaisselles.
    Tu jaillis des miroirs
    Tu jaillis de tes bagues,
    Tu jallis du poème,
    Des cierges, des tasses
    Et du vin de rubis.

    Balkis, si tu pouvais seulement
    Imaginer la douleur de nos lieux !
    A chaque coin, tu volettes comme un oiseau,
    Et parfumes le lieu comme une forêt de sureau.

    Là, tu fumais ta cigarette,
    Ici, tu lisais,
    Là-bas tu te peignais telle un palmier,
    Et, comme une épée yéménite effilée,
    A tes hôtes tu apparaissais.

    Balkis, où est donc le flacon de Guerlain ?
    Où est le briquet bleu ?
    Où est la cigarette Kent ?
    Qui ne quittait pas tes lèvres ?
    Où est le hachémite chantant
    Son nostalgique chant ?

    Les peignes se souviennent de leur passé
    Et leurs larmes se figent ;
    Les peignes souffrent-ils aussi de leur chagrin d'amour ?

    Balkis, il m'est dur d'émigrer de mon sang
    Alors que je suis assiégé entre les flammes du feu
    Et les flammes des cendres.

    Balkis, princesse !
    Voilà que tu brûles dans la guerre des tribus.
    Qu'écrirais-je sur le voyage de ma reine,
    Car le verbe est devenu mon vrai drame ?
    Voilà que nous recherchons dans les entassements des victimes
    Une étoile tombée du ciel,
    Un corps brisé en morceaux comme un miroir brisé.
    Nous voilà nous demander, ô ma bien aiméme,
    Si cette tombe est la tienne
    Ou bien celle en vérité de l'arabisme ?

    Balkis, ô sainte qui as étendu tes tresses sur moi !
    O girafe de fière allure !

    Balkis, notre justice arabe
    Veut que nos propres assassins
    Soient des Arabes,
    Que notre chair soit mangée par des Arabes,
    Que notre ventre soit éventré par des Arabes,
    Comment donc échapper à ce destin ?
    Le poignard arabe ne fait pas de différence
    Entre les gorges des hommes
    Et les gorges des femmes.

    Balkis, s'ils t'ont fait sauter en éclats,
    Sache que chez nous
    Toutes les funérailles commencent à Karbala
    Et finissent à Karbala
    Je ne lirai plus l'Histoire dorénavant,
    Mes doigts sont brûlés
    Et mes habits sont entachés de sang.

    Voilà que nous abordons notre âge de pierre,
    Chaque jour, nous reculons mille ans en arrière !
    A Beyrouth la mer
    A démissionné
    Après le départ de tes yeux,
    La poésie s'interroge sur son poème
    Dont les mots ne s'agencent plus,
    Et personne ne répond plus à la question,
    Le chagrin, Balkis, presse mes yeux comme une orange.
    Las ! je sais maintenant que les mots n'ont pas d'issue,
    Et je connais le gouffre de la langue impossible ;
    Moi qui ai inventé le style épistolaire
    Je ne sais par quoi commencer une lettre,
    Le poignard pénètre mon flanc
    Et le flanc du verbe.

    Balkis, tu résumes toute civilisation,
    La femme n'est-elle pas civilisation ?

    Balkis, tu es ma bonne grande nouvelle.
    Qui donc m'en a dépouillé ?
    Tu es l'écriture avant toute écriture,
    Tu es l'île et le sémaphore,

    Balkis, ô lune qu'ils ont enfouie
    Parmi les pierres !
    Maintenant le rideau se lève,
    Le rideau se lève.

    Je dirai au cours de l'instruction
    Que je connais les noms, les choses, les prisonniers,
    Les martyrs, les pauvres, les démunis.

    Je dirai que je connais le bourreau qui a tué ma femme
    Je reconnais les figures de tous les traîtres.

    Je dirai que votre vertu n'est que prostitution
    Que votre piété n'est que souillure,
    Je dirai que notre combat est pur mensonge
    Et que n'existe aucune différence
    Entre politique et prostitution.
    Je dirai au cours de l'instruction
    Que je connais les assassins,
    Je dirai que notre siècle arabe
    Est spécialisé dans l'égorgement du jasmin,
    Dans l'assassinat de tous les prophètes,
    Dans l'assassinat de tous les messagers.

    Même les yeux verts
    Les Arabes les dévorent,
    Même les tresses, mêmes les bagues,
    Même les bracelets, les miroirs, les jouets,
    Même les étoiles ont peur de ma patrie.
    Et je ne sais pourquoi,
    Même les oiseaux fuient ma patrie.

    Et je ne sais pourquoi,
    Même les étoiles, les vaisseaux et les nuages,
    Même les cahiers et les livres,
    Et toutes choses belles
    Sont contre les Arabes.

    Hélas, lorsque ton corps de lumière a éclaté
    Comme une perle précieuse
    Je me suis demandé
    Si l'assassinat des femmes
    N'est pas un dada arabe,
    Ou bien si à l'origine
    L'assassinat n'est pas notre vrai métier ?

    Balkis, ô ma belle jument
    Je rougis de toute mon Histoire.
    Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux,
    Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux.

    Balkis, depuis qu'ils t'ont égorgée
    O la plus douce des patries
    L'homme ne sais comment vivre dans cette patrie,
    L'homme ne sait comment vivre dans cette patrie.

    Je continue à verser de mon sang
    Le plus grand prix
    Pour rendre heureux le monde,
    Mais le ciel a voulu que je reste seul
    Comme les feuilles de l'hiver.

    Les poètes naissent-ils de la matrice du malheur ?
    Le poète n'est-il qu'un coup de poignard sans remède porté au cœur ?
    Ou bien suis-je le seul
    Dont les yeux résument l'histoire des pleurs ?

    Je dirai au cours de l'instruction
    Comment ma biche fut tuée
    Par l'épée de Abu Lahab,
    Tous les bandits, du Golfe à l'Atlantique
    Détruisent, incendient, volent,
    Se corrompent, agressent les femmes
    Comme le veut Abu Lahab,

    Tous les chiens sont des agents
    Ils mangent, se soûlent,
    Sur le compte de Abu Lahab,
    Aucun grain sous terre ne pousse
    Sans l'avis de Abu Lahab
    Pas un enfant qui naisse chez nous
    Sans que sa mère un jour
    N'ait visité la couche de Abu Lahab,
    Pas une tête n'est décapitée sans ordre de Abu Lahab

    La mort de Balkis
    Est-elle la seule victoire
    Enregistrée dans toute l'Histoire des Arabes ?

    Balkis, ô ma bien aimée, bue jusqu'à la lie !

    Les faux prophètes sautillent
    Et montent sur le dos des peuples,
    Mais n'ont aucun message !

    Si au moins, ils avaient apporté
    De cette triste Palestine
    Une étoile,
    Ou seulement une orange,
    S'ils nous avaient apporté des rivages de Ghaza
    Un petit caillou
    Ou un coquillage,
    Si depuis ce quart de siècle

    Ils avaient libéré une olive
    Ou restitué une orange,
    Et effacé de l'Histoire la honte,
    J'aurais alors rendu grâce à ceux qui t'ont tuée
    O mon adorée jusqu'à la lie !
    Mais ils ont laissé la Palestine à son sort
    Pour tuer une biche !

    Balkis, que doivent dire les poètes de notre siècle !
    Que doit dire le poème
    Au siècle des Arabes et non Arabes,
    Au temps des païens,
    Alors que le monde Arabe est écrasé
    Ecrasé et sous le joug,
    Et que sa langue est coupée.

    Nous sommes le crime dans sa plus parfaite expression ;
    Alors écartez de nous nos œuvres de culture.

    O ma bien aimée, ils t'ont arrachée de mes mains,
    Ils ont arraché le poème de ma bouche,
    Ils ont pris l'écriture, la lecture,
    L'enfance et l'espérance.
    Balkis, Balkis, ô larmes s'égouttant sur les cils du violon !
    Balkis, ô bien aimée jusqu'à la lie !
    J'ai appris les secrets de l'amour à ceux qui t'ont tuée,
    Mais avant la fin de la course,
    Ils ont tué mon poulain.

    Balkis, je te demande pardon ;
    Peut être que ta vie a servi à racheter la mienne
    Je sais pertinemment
    Que ceux qui ont commis ce crime
    Voulaient en fait attenter à mes mots.

    Belle, dors dans la bénédiction divine,
    Le poème après toi est impossible
    Et la féminité aussi est impossible.

    Des générations d'enfants
    Continueront à s'interroger sur tes longues tresses,
    Des générations d'amants
    Continueront à lire ton histoire
    O parfaite enseignante !
    Les Arabes sauront un jour
    Qu'ils ont tué une messagère
    QU'ILS…ON….TU…E…UNE….MES…SA…GERE.


    Nizar Kabbani
     
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